BasketMan.fr, accueil
Préparation physique

Courbatures : ce qui marche vraiment pour récupérer

Courbatures : ce qui marche vraiment pour récupérer

L'acide lactique n'y est pour rien. Le lactate produit pendant l'effort disparaît du sang en moins d'une heure, et les courbatures arrivent le lendemain, atteignent leur pic entre 24 et 72 heures, puis s'effacent en quelques jours. Dès 1983, James Schwane et son équipe avaient fait courir les mêmes volontaires 45 minutes sur tapis, une fois à plat, une fois en descente : à plat, ils produisaient du lactate sans avoir mal ensuite ; en descente, ils n'en produisaient pas et avaient mal les jours suivants. Ce que les Anglo-Saxons appellent DOMS, pour delayed onset muscle soreness, vient d'ailleurs, et savoir d'où permet de trier ce qui aide de ce qui rassure.

Ce qui se passe dans le muscle

Le coupable est la contraction excentrique, celle où le muscle s'allonge en freinant une charge : la descente d'un squat, la réception d'un saut, la phase de retour d'une traction. Ces contractions provoquent des microlésions dans les fibres, suivies d'une réaction inflammatoire qui sensibilise les terminaisons nerveuses. La douleur est retardée parce que l'inflammation l'est. Un joueur de basket qui enchaîne réceptions et changements de direction accumule justement ce type de contraction, ce qui explique les cuisses douloureuses après un premier match de reprise.

Le muscle apprend vite, et c'est la meilleure nouvelle du dossier. Une seule séance excentrique protège contre les dégâts d'une séance semblable pendant des semaines : la revue de Malachy McHugh publiée en 2003 dans le Scandinavian Journal of Medicine and Science in Sports décrit cet effet de la répétition, le plus marqué sous dix semaines d'intervalle, encore présent six mois plus tard. La progressivité au retour d'une pause n'est donc pas une simple précaution, elle exploite un mécanisme documenté.

Les étirements : un point sur cent

La revue Cochrane de Herbert, de Noronha et Kamper, mise à jour en 2011, a regroupé douze études et 2 597 participants pour mesurer l'effet des étirements sur les courbatures. S'étirer après l'effort réduisait la douleur du lendemain d'un point en moyenne, sur une échelle de cent. La plus grande étude incluse, avec étirements avant et après, gagnait quatre points sur le pic de douleur de la semaine. La synthèse Cochrane juge ces différences minimes et sans intérêt clinique. Les étirements ont d'autres usages, l'amplitude et le confort d'abord, et l'intérêt de l'étirement a déjà été détaillé ici. Faire disparaître les courbatures n'en fait pas partie.

Massage, rouleau, compression : ce qui sort en tête

Une des synthèses de référence sur le sujet est celle d'Olivier Dupuy et de ses collègues de l'université de Poitiers, publiée en 2018 dans Frontiers in Physiology à partir de 99 études, dont 80 sur les courbatures. Le massage y arrive en tête pour réduire les courbatures et la fatigue perçue, loin devant les autres méthodes. Les vêtements de compression et la récupération active suivent avec un effet net, l'immersion dans l'eau froide et la cryothérapie donnent un effet plus modeste, les étirements et l'électrostimulation ne sortent pas du bruit.

MéthodeEffet sur les courbatures (Dupuy, 2018)Réserve
MassageEffet large, le plus fort de l'analyseCoût et disponibilité d'un praticien
Récupération activeEffet netÀ intensité basse, sinon on rajoute de la fatigue
Vêtements de compressionEffet netEffet variable selon la pression et la durée de port
Immersion en eau froideEffet modéréFreine les adaptations en période de musculation
ÉtirementsAucun effet mesurableUtiles pour d'autres raisons
ÉlectrostimulationAucun effet significatif

Le rouleau de massage se situe entre les deux. La méta-analyse de Wiewelhove et ses collègues, parue en 2019 dans la même revue à partir de 21 études, mesure qu'une séance de rouleau après l'effort réduit la perception de douleur d'environ 6 % et limite un peu la baisse de performance en sprint et en force le lendemain. Les auteurs jugent ces effets modestes, en partie négligeables, et estiment que les données plaident pour le rouleau en échauffement plutôt qu'en outil de récupération, avec une légère atténuation de la douleur. Le mode d'emploi du rouleau d'automassage a sa page sur le site.

Le froid soulage, et il freine

Le bain froid tient sa promesse sur la douleur, avec un effet modéré dans l'analyse de Dupuy. Le revers a été mesuré par Llion Roberts et son équipe, dans le Journal of Physiology en 2015 : 21 hommes actifs ont suivi douze semaines de musculation, avec après chaque séance soit dix minutes d'immersion en eau froide, soit dix minutes de pédalage léger. Le groupe froid a gagné moins de masse musculaire et moins de force que le groupe actif, et une seconde expérience de la même étude, menée sur neuf hommes après une seule séance, montrait dans les biopsies une activation réduite des voies de construction du muscle jusqu'à deux jours après l'exercice. En période de prise de muscle, le froid travaille contre toi. Entre deux matchs d'un tournoi, où il s'agit d'être disponible le lendemain, la logique s'inverse.

Même prudence avec les anti-inflammatoires. Un essai suédois mené par Mats Lilja, publié en 2018 dans Acta Physiologica, a comparé chez 31 jeunes adultes huit semaines de musculation sous 1 200 mg d'ibuprofène par jour, la dose maximale sans ordonnance, ou sous une faible dose d'aspirine : la croissance du quadriceps était à peu près divisée par deux dans le groupe ibuprofène. Prendre un comprimé pour une courbature ordinaire est une décision qui se discute avec un pharmacien ou un médecin, pas un réflexe d'après-séance.

Bouger un peu, dormir beaucoup

La récupération active, vingt à trente minutes de vélo ou de marche rapide à allure de conversation, sort bien classée chez Dupuy, et elle a l'avantage de ne rien coûter. La douleur diminue pendant l'activité et un peu après, sans que les fibres se réparent plus vite : le bénéfice est réel sur le ressenti, et c'est déjà ce qu'on lui demande.

Le sommeil, lui, agit sur la matière première de la réparation. Une étude australienne de Séverine Lamon, publiée en 2021 dans Physiological Reports, a mesuré chez treize jeunes adultes qu'une seule nuit blanche abaissait la synthèse protéique musculaire de 18 % le lendemain, avec une hausse du cortisol. Le tableau n'est pas tout noir : un essai brésilien de Murilo Dáttilo, paru en 2020, n'a pas trouvé de retard dans la récupération de la force après 48 heures sans sommeil suivant une séance excentrique, mais les marqueurs inflammatoires et hormonaux y étaient modifiés, avec une hausse de l'IL-6, du cortisol et de l'IGF-1. Le muscle encaisse une mauvaise nuit ; il progresse moins quand elles s'accumulent, ce qui rejoint le poids du sommeil du sportif dans la progression.

Reste la question qu'on me pose le plus : peut-on s'entraîner avec des courbatures ? Oui, à intensité réduite, et de préférence sur d'autres groupes musculaires ou en récupération active. Une douleur diffuse, symétrique, qui s'atténue à l'échauffement, relève de la courbature ordinaire. Une douleur vive et localisée, un gonflement, une faiblesse marquée ou des urines très foncées après une séance inhabituellement intense sortent de ce cadre et demandent un avis médical rapide, parce qu'une atteinte musculaire sévère peut ressembler, les premières heures, à une grosse courbature.