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Tim Duncan : le plus grand ailier fort de l'histoire, en silence

Tim Duncan : le plus grand ailier fort de l'histoire, en silence

Le lundi 11 juillet 2016, les San Antonio Spurs publient un communiqué de quelques lignes : Tim Duncan prend sa retraite après dix-neuf saisons. Aucune conférence de presse, aucune tournée d'adieu, et dans le texte, pas une citation du joueur. Trois mois plus tôt, Kobe Bryant avait quitté la scène avec 60 points et une salle en larmes. Duncan, lui, est parti comme il avait joué : sans bruit, en laissant les autres parler. Ce contraste résume la carrière de celui que je tiens pour le meilleur joueur de l'histoire à son poste.

Un nageur des îles Vierges arrivé tard au basket

Duncan naît le 25 avril 1976 à Sainte-Croix, dans les îles Vierges américaines. Son premier sport est la natation, avec l'ambition des Jeux olympiques. En 1989, l'ouragan Hugo détruit la seule piscine olympique de l'île, et l'adolescent se tourne vers le basket, tard par rapport aux standards américains. Sa mère meurt d'un cancer la veille de ses quatorze ans, un deuil dont il parlera peu, comme du reste.

À Wake Forest, il reste quatre années complètes, de 1993 à 1997, alors que la NBA lui tend les bras bien avant, et repart avec un diplôme de psychologie et le titre de joueur universitaire de l'année 1997. Les Spurs le choisissent en première position de la draft 1997. Il est élu rookie de l'année en 1998, dans l'ombre encore large de David Robinson, et ne quittera jamais San Antonio.

Cinq titres, trois époques, un seul maillot

Le palmarès tient sur une ligne, mais il s'étale sur quinze ans. Duncan gagne avec Robinson, puis avec Parker et Ginóbili, puis avec Kawhi Leonard, en changeant de rôle à chaque fois.

FinaleAdversaireRésultatMVP des finales
1999New York Knicks4-1Tim Duncan
2003New Jersey Nets4-2Tim Duncan
2005Detroit Pistons4-3Tim Duncan
2007Cleveland Cavaliers4-0Tony Parker
2014Miami Heat4-1Kawhi Leonard

Ajoute à cela deux titres de MVP de la saison, en 2002 et 2003, et tu as l'ossature. La saison 2002-03 reste son sommet individuel : 23,3 points, 12,9 rebonds et 3,9 passes de moyenne, puis 24,7 points et 15,4 rebonds sur la campagne de playoffs. Le sixième match de la finale 2003 contre les Nets est sa ligne la plus célèbre, 21 points, 20 rebonds, 10 passes et 8 contres, à deux contres d'un quadruple-double dans un match de titre.

Le titre de 2014 raconte autre chose. Un an après une finale perdue en sept matchs contre Miami, les Spurs reviennent et balaient le Heat de LeBron James 4 à 1, avec un Duncan de 38 ans qui accepte de laisser la lumière à Leonard. Le fait que le trophée de MVP de la finale lui échappe cette année-là, comme en 2007, dit bien où il plaçait sa priorité.

Parker, Ginóbili et le trio le plus victorieux de l'histoire

Le deuxième acte de sa carrière commence avec deux choix de draft que personne n'attendait. Manu Ginóbili est pris en 57e position en 1999 et reste trois saisons en Italie avant d'arriver au Texas en 2002. Tony Parker est choisi 28e en 2001, à 19 ans, alors que la France mettait du temps à l'adopter. De 2002-03 à 2015-16, les trois hommes remportent ensemble 575 matchs de saison régulière et 126 matchs de playoffs, deux records pour un trio, avec quatre titres et au moins cinquante victoires à chacune de leurs quatorze saisons communes.

Le trio fonctionnait parce que Duncan acceptait que le jeu passe davantage par Parker et Ginóbili chaque année, sans réclamer le ballon. Quand un rédacteur de ce site se demandait, au début de l'année 2011, si les Spurs n'étaient qu'un passage, la réponse est venue trois ans plus tard, avec le cinquième titre. Le duo qu'il forme avec Gregg Popovich détient lui aussi un record : 1 001 victoires de saison régulière pour un entraîneur et un joueur, une marque que le basket actuel, avec ses mouvements de joueurs, rend presque impossible à revoir.

La planche, le poste bas et la défense

Shaquille O'Neal l'avait surnommé The Big Fundamental, en expliquant que ses bases techniques étaient parfaites, à l'inverse des siennes, qu'il jugeait portées par le talent. Le surnom pouvait sembler réducteur, c'était un compliment. Le tir avec la planche, à quarante-cinq degrés, était sa signature, dans une époque où de moins en moins de joueurs l'utilisaient. Le jeu de jambes au poste bas, le pied de pivot toujours propre, le tir en suspension à mi-distance après une feinte : chaque geste était répété au point de sembler lent alors qu'il arrivait toujours au bon moment.

Le versant défensif pèse autant que l'attaque dans son dossier. Quinze sélections dans les équipes défensives de l'année, dont huit dans le premier cinq, et quinze sélections All-NBA, dont dix dans le premier cinq. Il est le seul joueur de l'histoire à figurer dans les deux classements treize saisons de suite. Sur l'ensemble de sa carrière, il termine avec 26 496 points, 15 091 rebonds et 3 020 contres, soit 19,0 points, 10,8 rebonds et 2,2 contres de moyenne.

Quand je montre des vidéos de Duncan aux jeunes que j'entraîne, ils trouvent ça ennuyeux pendant cinq minutes. Puis ils remarquent que le défenseur est toujours en retard, que la passe part avant que l'aide ne soit en place, et que le contre arrive sans saut spectaculaire, juste par le placement. C'est là que le mot « fondamentaux » prend son sens : au basket, il désigne les gestes que tout le monde apprend et que presque personne n'exécute à ce niveau.

Pourquoi le placer devant tous les autres ailiers forts

Karl Malone a marqué davantage, Kevin Garnett a défendu avec plus de rage, Dirk Nowitzki a changé la façon de tirer au poste. Le dossier de Duncan repose sur autre chose : la durée. Dix-neuf saisons, dix-neuf qualifications en playoffs, et une équipe qui n'est jamais passée sous les cinquante victoires sur une saison complète, la seule exception étant la saison écourtée de 1999, terminée à 37 victoires pour 13 défaites et conclue par un titre. Aucun joueur de son poste n'a tenu une franchise à ce niveau aussi longtemps.

Il a failli partir une fois. À l'été 2000, agent libre, il a sérieusement étudié une offre d'Orlando aux côtés de Grant Hill, et plusieurs récits attribuent son retour à San Antonio à un détail : l'entraîneur du Magic aurait refusé que sa famille voyage dans l'avion de l'équipe.

Après la retraite, la suite a ressemblé au reste. Le maillot numéro 21 a été retiré le 18 décembre 2016. Il est revenu une saison sur le banc des Spurs comme assistant de Popovich, en 2019-20, puis a été intronisé au Hall of Fame le 15 mai 2021, dans la même promotion que Kobe Bryant et Kevin Garnett, avant de figurer dans l'équipe des 75 ans de la NBA. Chacune de ces étapes s'est passée de discours. C'est sans doute pour cela que son nom revient moins souvent que d'autres dans les débats de comptoir, et c'est aussi pour cela que je le mets en haut de la liste.