La rivalité Magic Bird commence bien avant la NBA, un soir de mars 1979, sur le parquet d'un championnat universitaire regardé par tout un pays. Magic Johnson et Larry Bird ne se connaissent pas encore vraiment, mais ce match va lier leurs carrières pour la décennie suivante, jusqu'à transformer la ligue qui les accueillera tous les deux quelques mois plus tard.
En tant qu'entraîneur, je montre encore des extraits de leurs duels à mes jeunes le mercredi soir : deux façons opposées de gagner, portées par deux joueurs qui se poussaient mutuellement vers le sommet. Cette histoire mérite d'être racontée dans l'ordre, depuis la finale universitaire jusqu'aux trois finales NBA qui ont opposé Lakers et Celtics.
1979 : la finale qui a tout déclenché
Le 26 mars 1979, Michigan State affronte Indiana State pour le titre universitaire NCAA. Magic Johnson porte les Spartans, Larry Bird les Sycamores, arrivés invaincus sur trente-trois victoires. Michigan State étouffe l'attaque adverse avec une défense de zone travaillée la veille à l'entraînement, où un coéquipier avait tenu le rôle de Bird pour en simuler les mouvements. Le score final, 75 à 64, consacre Magic Johnson meilleur joueur du tournoi avec 24 points, quand Bird termine à 19 points et 13 rebonds, sa plus faible marque de la compétition.
Cette rencontre reste, encore aujourd'hui, le match universitaire le plus suivi de l'histoire de la télévision américaine. Un chiffre qui donne la mesure de ce que ces deux joueurs allaient déclencher une fois passés professionnels.
Lakers contre Celtics : trois finales NBA en quatre ans
Magic rejoint les Lakers en 1979, Bird les Celtics la même année. Il faudra attendre 1984 pour que leurs franchises se retrouvent en finale NBA, la première d'une série de trois entre 1984 et 1987.
- 26 mars 1979 : Michigan State bat Indiana State 75-64 en finale NCAA, Magic Johnson élu meilleur joueur du tournoi.
- 1984 : les Celtics s'imposent 4 victoires à 3, Larry Bird nommé MVP des finales.
- 1985 : les Lakers répondent 4 victoires à 2, Kareem Abdul-Jabbar nommé MVP des finales.
- 1987 : nouvelle victoire des Lakers 4 à 2, Magic Johnson nommé MVP des finales pour la troisième fois.
1984 : Boston prend sa revanche en sept manches
La première finale tourne à l'avantage des Celtics, vainqueurs au bout du suspense en sept matches, 111 à 102 lors de l'ultime confrontation. Larry Bird domine la série avec une moyenne proche de 27 points et 14 rebonds par rencontre, et repart avec le titre de MVP des finales. Pour Magic Johnson, cette défaite reste longtemps une blessure : les Lakers avaient laissé filer plusieurs occasions de conclure la série avant ce septième match.
1985 : la revanche des Lakers, malgré le Memorial Day Massacre
Un an plus tard, Boston humilie Los Angeles dès le premier match, 148 à 114, une soirée surnommée depuis le Memorial Day Massacre. Kareem Abdul-Jabbar, âgé de 38 ans, ne pèse que 12 points ce soir-là, et beaucoup l'annoncent fini. Il répond par une série convaincante sur les quatre victoires suivantes des Lakers, avec plus de 30 points de moyenne, et décroche à son tour le titre de MVP des finales. Los Angeles remporte enfin un titre face à Boston, après huit défaites consécutives en finale contre les Celtics.
1987 : le sky hook de Magic et le dernier duel de la décennie
La troisième finale s'achève encore à l'avantage des Lakers, quatre victoires à deux. Le moment charnière survient lors du match 4, le 9 juin 1987 : à sept secondes de la fin, Magic Johnson glisse un petit hook, surnommé le « junior junior sky hook » par Kareem Abdul-Jabbar lui-même, pour offrir aux Lakers une victoire 107 à 106 et une avance décisive dans la série. Los Angeles conclut au match 6, et Magic Johnson est élu MVP des finales pour la troisième fois de sa carrière.
Deux styles, deux villes
Los Angeles joue le Showtime : transitions rapides, passes spectaculaires de Magic, ballon qui ne touche presque jamais le sol. Ce style alimente encore aujourd'hui le débat sur le meilleur meneur de la NBA. Boston défend un basket plus posé, construit autour du jeu intérieur et de la rigueur défensive, porté par un Bird capable de scorer de partout sur le terrain.
Cette opposition dépasse le seul jeu. Elle oppose une ville tournée vers Hollywood à une ville de Nouvelle-Angleterre attachée à sa tradition ouvrière, et les supporters se reconnaissent dans l'un ou l'autre camp. La rivalité déborde largement du parquet, jusque dans l'imaginaire collectif du sport américain.
French Lick, été 1986 : la publicité qui a changé leur relation
En 1986, la marque Converse réunit les deux joueurs pour un spot publicitaire tourné à French Lick, la ville natale de Bird, dans l'Indiana. Le scénario met en scène Magic Johnson arrivant en limousine pour défier Bird sur un terrain improvisé, avant un duel filmé en une trentaine de secondes.
Après le tournage, Bird invite son rival à déjeuner chez lui. Sa mère les reçoit, et les deux hommes découvrent des origines modestes et des valeurs proches, loin des projecteurs et des maillots rivaux. Cette rencontre marque le vrai début de leur amitié, qui se prolonge bien après leur carrière : quand Magic Johnson annonce sa séropositivité en 1991, Bird compte parmi les premières personnes qu'il appelle.
Une rivalité qui a relancé la NBA
L'arrivée simultanée de Magic Johnson et Larry Bird en 1979 coïncide avec une période où la NBA cherchait à élargir son public. Leurs trois finales successives, la richesse de leurs styles opposés et le récit de leur amitié naissante ont donné à la ligue des personnages capables de dépasser le seul cercle des amateurs de basket.
Cette histoire a ouvert la voie à la génération suivante, celle de Michael Jordan, qui allait porter la NBA plus loin encore. Regarder ces trois finales reste une bonne manière de comprendre pourquoi certains duels marquent un sport bien au-delà du score final.